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INSIGHTS 8LIMBS · LEADERSHIP · CONFIANCE

La confiance d’un dirigeant ne se décrète pas. Elle s’entraîne.

Ce que les sports de combat enseignent sur la peur, l’exposition et la construction d’une confiance qui résiste réellement à la pression.

LAURENT DECONINCK · FONDATEUR DE 8LIMBS · ENV. 9 MIN DE LECTURE

Diriger une entreprise oblige régulièrement à agir avant de se sentir totalement prêt : prendre une décision avec des informations incomplètes, défendre une idée, négocier, affronter un conflit ou traverser une mauvaise période.

Et pourtant, on parle souvent de la confiance comme si elle devait exister avant tout cela. Comme s’il fallait d’abord devenir sûr de soi, puis passer à l’action.

Après plus de dix ans à enseigner le Muay Thaï, j’observe souvent l’inverse : la confiance se construit parce que l’on agit, que l’on traverse l’inconfort et que l’on découvre progressivement que l’on est capable de le gérer.


La confiance ne vient pas toujours avant l’action.
Très souvent, elle en est le résultat.

01 — AGIR

On ne devient pas confiant en attendant de l’être.

Lorsque Laura a commencé à s’entraîner avec moi, elle était très loin de l’image que l’on peut avoir de quelqu’un attiré par les sports de combat. Elle était très timide, très peu sûre d’elle et traversait une période difficile.

Entrer dans une salle, apprendre à frapper, accepter le contact et progressivement se retrouver face à quelqu’un en sparring représentait déjà une forme de confrontation.

Au début, ses peurs étaient très concrètes : peur de mal faire, de frapper trop fort, de me faire mal et, évidemment, peur elle-même de recevoir des coups.

Sur le ring comme dans l’entreprise, on commence souvent avec une part d’incertitude.

On aimerait parfois être certain avant de lancer un projet, parfaitement préparé avant de prendre une décision, suffisamment confiant avant de s’exposer.

Mais la réalité ne fonctionne pas toujours dans cet ordre. Très souvent, l’action précède la confiance.

02 — PEUR

La peur n’a pas besoin de disparaître pour avancer.

Lorsqu’un débutant commence le sparring, mon rôle n’est pas de lui expliquer que sa peur est absurde. Elle ne l’est pas : quelqu’un lui lance réellement des coups.

Ce que je peux faire, en revanche, c’est créer un environnement dans lequel il découvre progressivement que la situation est contrôlable. L’intensité est adaptée. Les coups sont maîtrisés. L’apprentissage est progressif.

On peut être touché sans que quelque chose de dramatique arrive. On peut frapper sans chercher à blesser. On peut faire une erreur et continuer.

La peur ne disparaît pas forcément. Elle perd progressivement de son pouvoir.

Séance après séance, les scénarios catastrophes imaginés par l’élève ne se réalisent pas. C’est là que la confiance commence réellement à se construire.

Pour un dirigeant, le mécanisme n’est pas si différent : il ne s’agit pas de supprimer toute peur liée à une décision difficile, mais d’apprendre à fonctionner malgré elle.

CONFIANCE

Dire « tu es capable » peut aider.
Pouvoir dire « je l’ai déjà fait » change tout.

03 — PREUVES

La confiance se construit avec des preuves.

Dire à quelqu’un « tu peux le faire » peut avoir son utilité. Mais cela ne produit pas la même confiance que de pouvoir se dire : « je l’ai déjà fait ».

Les sports de combat fournissent en permanence de petites preuves : j’ai pris un coup et j’ai continué. J’ai été fatigué et j’ai gardé ma lucidité. Je me suis trompé et j’ai corrigé. Une technique n’a pas fonctionné et j’en ai essayé une autre.

Je pensais ne pas pouvoir tenir, et pourtant j’ai terminé la séance.

La confiance devient une mémoire de ce que l’on a déjà traversé.

Cette forme de confiance est particulièrement intéressante pour quelqu’un qui dirige une entreprise, parce que son quotidien ne lui demande pas seulement de croire en lui.

Il lui demande régulièrement de fonctionner lorsqu’il ne maîtrise pas complètement la situation.

04 — CURIOSITÉ

Le jour où l’on commence à jouer.

Au début, lorsqu’ils font du sparring, mes élèves cherchent essentiellement à ne pas se faire toucher. Toute leur attention est tournée vers la protection.

Puis, progressivement, leurs questions changent : « Et si j’essayais cette combinaison ? Pourquoi est-ce qu’il réagit toujours comme ça ? Est-ce que je peux le faire reculer ? »

À force de combattre avec moi, ils commencent à reconnaître mes habitudes, certains déplacements, certaines réactions. Ils testent alors leurs propres solutions.

La peur devient curiosité. Et la curiosité ouvre la porte à l’apprentissage.

Le combat n’est plus seulement une menace à éviter.

Il devient un problème à comprendre.

Puis, très souvent, un jeu dans lequel on prend plaisir à progresser.

05 — LEADERSHIP

Ce que cela change pour un dirigeant.

Le dirigeant connaît lui aussi des situations dans lesquelles il peut fonctionner en mode défensif : éviter une conversation difficile, retarder une décision ou surpréparer une présentation parce qu’il redoute la réaction en face.

La confiance ne signifie pas que ces situations deviennent agréables. Elle signifie que l’on cesse progressivement d’être paralysé par elles.

Un dirigeant qui a déjà traversé plusieurs crises ne voit généralement plus une difficulté de la même manière que lorsqu’il lançait sa première entreprise.

Le problème n’est plus : « Comment éviter que quelque chose de difficile arrive ? »

Il devient plutôt : « Comment vais-je gérer ce qui arrive ? »

Il ne connaît pas nécessairement la solution à l’avance. Mais il possède davantage de références internes : il sait qu’il s’est déjà adapté, trompé, relevé et continué.

LEADERSHIP

Le problème n’est plus :
« Comment éviter que quelque chose de difficile arrive ? »
« Comment vais-je gérer ce qui arrive ? »

06 — EXPOSITION

Être confronté sans être détruit.

Un débutant envoyé immédiatement dans un combat trop dur n’apprendra probablement pas la confiance. Il apprendra surtout qu’il n’est pas prêt.

L’exposition doit être progressive : assez difficile pour créer une adaptation, pas assez violente pour casser la personne.

En coaching, c’est exactement ce que je cherche à faire. Au départ, je contrôle énormément l’intensité. Puis je laisse progressivement davantage d’espace, d’initiatives et de décisions à l’élève.

La progression vient de la bonne dose d’inconfort.

01 —

Créer un environnement suffisamment sûr pour essayer.

02 —

Augmenter progressivement la difficulté et l’incertitude.

03 —

Laisser davantage d’initiative au fur et à mesure.

04 —

Transformer chaque expérience en nouvelle référence interne.

L’idée est intéressante également pour le dirigeant : on ne devient pas plus résilient en étant constamment écrasé. On progresse en traversant des difficultés suffisamment exigeantes pour provoquer une adaptation, puis en récupérant et en recommençant.

07 — TRANSFORMATION

De la peur du contact aux rings de Thaïlande.

Après presque un an de travail ensemble, Laura avait énormément évolué. Elle faisait des sparrings avec moi, osait frapper, acceptait d’être touchée et essayait de nouvelles choses.

Mais la suite de son histoire est encore plus parlante : elle a été la première de mes élèves à venir en Thaïlande découvrir les camps de Muay Thaï avec moi.

Et elle a terminé son séjour en faisant des sparrings avec les entraîneurs thaïlandais avec lesquels je m’entraîne moi-même.

La transformation n’avait rien de magique. Elle s’était construite expérience après expérience, preuve après preuve.

Quand je repense à la personne qui était arrivée à ses premiers cours, il aurait été difficile d’imaginer cette scène quelques mois plus tôt.

UNE COMPÉTENCE, PAS UN ÉTAT

La confiance est moins un sentiment qu’une compétence.

Nous la considérons souvent comme un état : « je suis confiant » ou « je ne le suis pas ». Elle peut pourtant aussi être développée comme une capacité.

S’exposer. Accepter une part d’inconfort. Découvrir que l’on peut y faire face. Apprendre. Recommencer. Puis augmenter progressivement la difficulté.

C’est exactement ce que fait un combattant. Et c’est aussi une grande partie de ce que fait un entrepreneur pendant toute sa carrière.

On ne devient pas confiant en évitant systématiquement les situations qui nous mettent à l’épreuve. Très souvent, la confiance se construit grâce à l’action.

Laurent Deconinck

À PROPOS DE L’AUTEUR

Laurent Deconinck

Fondateur de 8LIMBS, Laurent pratique et enseigne le Muay Thaï et la préparation physique depuis plus de dix ans. Son approche relie trois dimensions : martial, physique et mental.

Entre la Belgique et la Thaïlande, il continue à pratiquer, apprendre et faire évoluer sa manière d’accompagner celles et ceux qui veulent devenir plus capables — dans leur corps comme sous pression.

10+ ANS · 100+ PERSONNES ACCOMPAGNÉES · BELGIQUE × THAÏLANDE

8LIMBS · ÉCHANGE PRIVÉ

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